L’été en pente douce

R    E    G    A    R    D    E    Z       L    E    S      H    O    M    M    E    S       D    A    N    S    E    R        

Qu’est-ce que le Cinéma ? Cette question d’André Bazin a nourri bien avant 1958, date de la sortie du livre référence,  la réflexion des jeunes rédacteurs  de la célèbre revue les Cahiers du cinéma. Une question simple dans sa complexité. Fil d’Ariane de la Nouvelle Vague. Une fraicheur que l’on retrouve dans la chaleur de Gindou.

Drôle d’histoire que ces Rencontres débutées il y a 32 ans.

Au fait ! Que pouvait-on voir à sa naissance ?  Amadeus de Milos Forman, Je vous salue, Marie de Jean-Luc Godard,  Shoah de Claude Lanzmann, Cotton Club de Coppola, Love Streams de John Cassavetes ou encore Après la répétition d’Ingmar Bergman… Police de Pialat. De bien beaux parrains. Et comme le hasard fait souvent bien les choses, à quelques mois près, Amour rue de Lappe de Denis Gheerbrant voyait lui aussi éclairer les écrans. Film projeté en seconde partie de soirée du jour d’ouverture.

Denis Gheerbrant invité d’honneur et pas seulement. Le gaillard au regard d’aigle, survole comme un oiseau sans attache cette ville de 350 habitants, tout étonné d’y avoir été invité. Tu es libre Denis ! Une rétrospective lui a été consacrée. Sa filmographie complète, hormis deux films invisibles...

Le temps est là, sans prendre une ride, la manifestation commencée en 1985 sur un coup de tête, ou un coup de cœur, au choix, est devenue au fil des années, incontournable. Pire, elle scelle l’été avec l’enthousiasme de ceux et celles qui refusent de rentrer. On traine les pieds pour savourer encore et encore l’école buissonnière du cinéma. C’est bien de cela dont il s’agit. D’une pédagogie à l’épreuve du temps et des politiques. Une évolution lente et déterminée.

100 films projetés, un cinéma de verdure, un autre sous chapiteau dont on nous promet (juré, craché) qu’une salle sera construite l’année prochaine pouvant accueillir de la danse, du théâtre, de l’opéra et naturellement des films… La communauté de commune et la Région ont cassé leurs tirelires pour que Gindou puisse offrir à tous, un nouvel espace. 

Une effervescence en continue offrant ainsi cette drôle d’impression, cette ville  peut devenir à la manière d’un Angoulême (festival de BD), bien autre chose qu’une rencontre. Tous les voyants sont aux verts. Même le nombres d’entrées (plus de 16 000). Camping et gîtes sont pris d’assaut. On se bouscule avec sa couverture (et oui, les nuits sont fraîches) au cinéma de verdure pour découvrir sous la nuit étoilée ce qui existe encore du cinéma. L’ambiance est là.

Flâner d’une table à l’autre  et s’asseoir     aux côtés des invités, discuter 7ème Art… Le cinéma n’est-il pas la vie ?

Les musicaux aussi sont là. Pour présenter leurs travaux d’illustrateurs sonores. Une coquetterie que l’on doit à Serge Bromberg (Lobster Films) depuis sa venue, avec sous le bras, un « Retour de Flamme » endiablé. Offrir à des musiciens la possibilité de travailler à partir de films muets (dans tout les sens du terme)… Certains datant de 1902.  L’opportunité aussi de découvrir quelques Ovnis oubliés.

C’est aussi le regard de l’écriture. Cette chose étrange qui veut que pour fabriquer des images, on doit faire des phrases… La Ruche bourdonne de bons éléments, souvent autodidactes. Une aventure scénaristique qui a le goût  des choses bien faites… La preuve des auteurs reviennent avec leur bobine sous le bras (ok, c’est la nostalgie qui revient au galop)  présenter l’aboutissement de leurs longues aventures… Rien n’est laissé au hasard. Tout roule sur des roulettes sans se rendre compte que près de 60 bénévoles ont rejoint le staff permanent des Rencontres…

Bien huilé. Et heureux d’être là.

Que demander d’autres ?   

 

 

 

Sébastien Lasserre, programmateur des Rencontres Cinéma de Gindou

Denis Gheerbrant

La foule des bénévoles et heureux de l’être. Indispensable !