Tintin est-il à la fête ? Qu’en pensent Quick et Flupke ? Totor se croit-il à l’abri et que dire Jo, Zette et Jocko ? Le questionnement est légitime, la famille est réunie (une partie)  pour rendre hommage à leur père de création.

Une première de cette importance qui semble-t-il  -  comme souvent chez Moulinsart - n’a pas été simple à mettre en place. Enfin, ce n’est pas très original et l’on imagine bien que chaque expo apporte son lot de stress.

Hergé donc, presque sous la coupole… Du grand palais. Si ce n’est pas la première exposition consacré au père de Tintin, elle reste par son ampleur, la plus importante, voir la plus complète.

Hergé, plus que Tintin.

La captation du réel cher à Hergé développera au fil des albums sa philosophie de la ligne claire. Non pas une reproduction à l’identique, mais une forme inventive de la réalité.  Un style, une démarche narrative, artistique qui a jeté les bases de la BD contemporaine. Il semble avoir pris au mot, le dernier dialogue d’un film de John Ford « lorsque la légende est plus belle que la vérité, on imprime la légende ». On ne se contente pas de la réalité à reproduire, on l’invente.

L’exposition propose ce voyage sur deux niveaux et dix salles. Une remontée aux sources par étapes. Aussi diverses soient-elles, elles jalonnent les moments de vie d’Hergé, et de l’évolution de son talent. Collectionneur d’art contemporain, proche de l’avant-garde il cultiva cette recherche commencée dès les premiers coups de crayons au journal « Le XXe Siècle ». 

L’art et l’objet de qualité faisant partie de son environnement, de son inspiration, une approche complexe et difficile que l’on découvre dès ses premières bandes épurées. Il y a peut-être chez Hergé, peintre de talent par ailleurs, le complexe artistique de celui qui, longtemps dessina pour vivre…

En attendant de vivre pour dessiner.

La ligne claire, celle du comportement politique pendant la seconde guerre mondiale est plus trouble, les traits moins précis, le flou plus présent et pourtant cette période verra apparaitre la première aventure de Tintin en couleur, en 1942. Poussé, il est vrai par Casterman ; l’Etoile Mystérieuse. Cela n’empêche pas que Tintin, découpé en saucisson, en strips quotidien rétrécissant au fur et à mesure de la pénurie (voir pour cela l’excellent album - Du crabe rouge au Crabe aux pinces d’or - éditions Moulinsart) pour comprendre l’effilochage du travail d’Hergé, le voir fondre comme neige au soleil.

Plusieurs fois arrêté pour ses occupations professionnelles (reconnaissons que les bandes passaient dans les supports de propagandes allemandes, ou partisanes… Le doute était  permis ? Comme pour le chef d’orchestre Gustav Heinrich Ernst Martin Wilhelm Furtwängler dont son talent dépassait la raison nazi), Hergé du attendre 1946 pour se voir autoriser à reprendre le collier.

Le doute use l’art. 

Cette parenthèse a affecté l’homme, l’humain. Dépression à répétition, questionnement sur son art. Il s’est réfugié dans sa famille de papier, un peu comme d’autres se sentent obligés de ne plus croire en rien. Il y a chez Hergé cette poésie de la case. Cette magie qui offre au commun que nous sommes, autre chose qu’une simple aventure ; l’ivresse est dessinée.

L’apogée est au rendez-vous.

La ligne claire, celle du dépouillement, de l’apesanteur. n’est-ce pas à travers elle,  que naitra l’album somptueux « Tintin au Tibet » ? Penchant lumineux du « Lotus bleu ». La clarté de l’esprit apaisé, ainsi pourrait-on également nommer cette exposition.

Tout un programme, tout en « portrait ». Sans ombre ni profondeur de champ, un aplat élégant. Hergé se font avec ses personnages, ses « maitres », son univers. L’exposition  nous offre l’âme d’un auteur qui a su offrir au plus grand nombre, de 7 à 77 ans, comme ont dit, bien autre chose qu’une aventure. Prenez une case, n’importe la quelle d’un album, et agrandissez là. Observez la composition et dites-vous bien, que vous n’êtes plus devant une BD mais un tableau. C’est tout le ressenti de cette exposition.

 

 

 

 

R    E    G    A    R    D    E    Z       L    E    S      H    O    M    M    E    S       D    A    N    S    E    R        

GRAND PALAIS

Galeries nationales

28 septembre 2017 au 15 janvier 2017

Une ligne claire ?

Catalogue de l’exposition, 304 pages,

800 illustrations,

39€